


Pour les profanes, cet ensemble de traits n'est que le sigle abréviatif du nom de la Vierge, Maria réduit aux lettres, superposées, le ses deux extrémités. Durant les XVIII et XIXe siècles on le traduisit même par Ave Maria.
Ici nous avons, j'ose croire, la preuve que le même carme, auteur des graffites qui sont le sujet de ce mémoire voyait, dans M et A superposés, la fameuse syllabe sacrée de l'Asie centrale, l'AVM ou OM. En effet si l'on décompose le monogramme en question on y peut trouver les trois lettres A,V,M qui, réunis donnent aum.
Le monosyllabe aum est un synthétique qui correspond, chez les Hindous, aux trois aspects du Verbe divin du qui toutes choses ont leur commencement (aspect producteur, Brahmâ = A), leur support (aspect conservateur, Vishnou = V), et leur fin (aspect transformateur, Siva = M); ce qui met en action les trois personnes de la Trimurti hindoue, laquelle, comme on sait, ne correspond pas a la conception trinitaire chrétienne.
Souvent dans l'Inde le OM est inscrit au centre du double triangle qui eut jadis, selon les pays et les cultes des sens divers.
La prononciation latine de l'AVM, ou aum, n'est près d'origine orientale, mais elle décèle, en quelque sorte, une des raisons symboliques qui ont porté certains écoles hermétiques d'Occident, au Moyen âge, à donner au sigle M et A superposés le même sens qu'au sigle Alpha et Omega, pris pour l'emblème du Christ principe et fin de toutes choses ; c'est que l'énonciation des deux syllabes unies, a-oum, se fait par l'ouverture et la fermeture de la bouche. Cette remarque pourrait paraître puérile si l'on ne savait la grande importance que les anciens hermétistes attachaient à tout ce qui concerne l'émission du verbe.
Dans la série des graffites carmélitains de Loudun ca me semble exprimer que son auteur à, très intentionnellement et nettement, voulu séparer, ou plutôt rendre distinctes les unes des autres, autant qu'il est possible dans un monogramme, les trois lettres A,V,M.
Par les voies de l'hermétisme chrétien et en se servant ainsi d'un sigle tout à la fois d'origine asiatique et, d'autre part, d'interprétation vulgaire en Occident, l'auteur traçait en même temps un emblème du Christ, principe et fin de tout, et un emblème du nom de la Vierge, mère du Christ.
Je rapproche de ce graffite la marque commerciale de l'imprimeur parisien Antoine de la Barre, contemporain sans doute des graffites en question, sur laquelle un monogramme marial semble aussi exprimer l'intention de détacher les lettres A,V,M.
On sait que les Carmes ont toujours eu grand zèle pour le cult de la Vierge, et nombre de leurs monastères prirent comme chiffre héraldique les lettres M et A superposé, bien que les armoires générales de l'Ordre fussent de sable chapé d'argent a trois étoiles de l'un en l'autre, deux en chef et une en pointe. A la révision de l'Armorial Général de 1696, le monastère des Carmes de Loudun fit enregistrer, comme blason officiel, d'argent aux deux lettres M et A entrelacées de sable, couronnées d'or et accompagnées en pointe d'un coeur percé de trois clous de sable .Dans l'héraldique mystique en usage depuis le milieu du XVe siècle, les trois clous dans un coeur humain symbolisaient les trois voeux monastiques de Pauvreté, Chasteté et Obéissance.
On retrouve ce même sigle, A et M superposés, comme élément constitutif du grand collier de l'ordre de chevalerie de N. D. du Mont Carmel, réuni à celui de St. Lazare, ainsi qu'on peut le voir, notamment sur le tableau de Rigault représentant le marquis de Dangeau, grand maître de ces ordres sous Louis XIV.