Chronologie de la Croix d’Or de Tolède. Du lieu où elle fut premièrement conservée, des évènements qui la firent adopter par Constantin le Grand, et des circonstances qui la placèrent entre les mains des Goths puis des Mérovingiens. De son utilité dans le Culte des Morts parmi les Celtes, et dans l’Arianisme Constantinien.
Au temps des Celtes : du lieu où cette croix fut premièrement conservée. « […] Dans son étude , « « Montjoie et saint Denis ! » Le centre de la Gaule aux origines de Paris et de Saint-Denis », (Paris, 1989), Anne Lombard-Jourdan […] a spécifiquement identifié la plaine du Lendit au nord de Paris, le site de l’Abbaye de Saint-Denis, comme le locus (l’emplacement) d’un sanctuaire druidique Gaulois très important, qui fut plus tard romanisé en tant que temple d’Apollon, et considéré comme l’omphalos du monde, la Delphes de la Gaule […] »

« […] La plaine du Lendit (aujourd’hui située à l’emplacement de la plaine Saint-Denis) possédait un tumulus funéraire, la « Montjoie », ainsi qu’une pierre utilisée pour les sacrifices, le « Perron ». Les frontières qui séparaient les territoires des quatre grands peuples gaulois voisins y convergeaient : Bellovaques et Suessions au Nord, Carnutes et Sénons au Sud. […] Les Parisii étaient les gardiens de ce sanctuaire sacré qui intéressait l’ensemble des peuplades gauloises […] »

« […] Un ancêtre divinisé , associé à la figure « solaire », était inhumé sous le tumulus de Montjoie […]. C’était une victime sacrificielle dont les affects bénéfiques et maléfiques donnaient lieu à une séparation du territoire des Parisii en deux moitiés, l’une dite « claire » au Sud et l’autre dite « sombre » au Nord. […] »
Culte des Morts au champ du Lendit et meurtre rituel de Saint Denis. « […] Saint Denis arriva à Paris vers l’an 250 et fonda la première église dans l’île de la Cité. Devant affronter la résistance des croyances païennes, il mourut martyrisé avec deux compagnons au Lendit et fut inhumé à Montjoie […]. »
Le meurtre rituel de Saint Denis devait intégrer au christianisme local les rites mortuaires qui, depuis des temps immémoriaux, étaient célébrés sur le Champ du Lendit. La dépouille du Saint fut ainsi ensevelie à l’emplacement même où « le héros mythologique , bouc émissaire coupable et divinisé » de la tribu des Parisii avait était jadis sacrifié. Il y avait là, en effet, une importante nécropole païenne, vaste domaine composé de clos où s’entassaient, enchevêtrés depuis dès siècles, multitudes de sépultures, tombes et tumuli funéraires. Ce n’est qu’au cours du Haut Moyen-Âge, que se réalisera « l’appropriation » de ce « domaine de la mort » par les « évêques et les abbés ».
Première mention de la Croix d’or de Tolède. Son assimilation au « Tau / Pax » par Constantin et les Ariens : « Le Soleil Invaincu ». « […] Anne Lombard-Jourdan pense que la fleur de lys du douzième siècle a été dérivée d’un symbole solaire vénéré par les peuples Gaulois au temple Apollonien du Lendit, qui avait la forme d’une croix grecque avec son bras supérieur divisé en deux lignes recourbées (geminae cristae). Ce symbole évoquait le soleil levant (crista, de crescere, « croître, grandir », fait allusion au mouvement ascendant du soleil nouvellement né), et apparaissait sur les couronnes offertes en 310 à Constantin le Grand lors de sa visite à un temple Gaulois dédié à Apollon, que Lombard-Jourdan identifie comme celui du Lendit. Ce symbole est également identifié comme le « signe céleste » (note : le PAX ou TAU Assyro-Chaldéen), que Lactance prétend être apparu à Constantin en 312, qui avait ordonné qu’il soit inscrit sur les boucliers de ses soldats avant la bataille du Pont Milvius. […] »

« Une vaste littérature […] suppose que la propagande de Constantin , notamment celle que l’on trouve dans les Panegyrici Latini et sur les pièces de monnaie, reflète les croyances religieuses de l’empereur à la même époque . […]
Le panégyriste de 310 dit que Constantin fit de somptueux présents à un temple d’Apollon en Gaule, que dans le temple Constantin vit le dieu lui-même présent, accompagné par une Victoire (la déesse Victoire), et qu’il se reconnut lui-même dans l’apparence de celui à qui la domination du monde avait été promise (Pan. Lat. 6[7].21).
Pendant longtemps les chercheurs ont interprété cela comme signifiant que Constantin avait professé une sorte de foi Apolline , ou qu’il s’était lui-même identifié à Apollon […] »

Constantin semble avoir possédé dès cet instant une croix d’or d’un aspect inhabituel (Geminae Cristae). Son graphisme se rapprochait de la forme de deux « P » adossés l’un à l’autre, et associés à une barre imbriquée dans la partie basse. La forme générale de l’objet semble donc avoir été voisine d’un « B » couché sur le dos. C’est cette « croix » que Childebert découvrit quelques siècles plus tard à Tolède, et qui était originellement conservée au champ du Lendit, avant que la dépouille de Saint Denis ne soit enlevée du Montjoie (au Ve siècle, par sainte Geneviève).
Sac de Rome par les Wisigoths, en 410 de notre ère. La croix d’or de Constantin fait partie des trésors arrachés à la ville de Rome par les Wisigoths. Ceux-ci déposent la précieuse relique à Tolède, leur capitale espagnole.
Les théologiens ariens d’Espagne poursuivent l’identification de la Croix de Tolède, c'est-à-dire de la « Crista », au bâton de Moïse, sur lequel le prophète avait fixé un serpent d’airain. Par extension, la forme de la Croix d’Or de Tolède étant à rapprocher de celle d’un caducée, les aigrettes de feu qu’on attribuait au serpent d’airain de Moïse, et à Moïse lui-même, vont également être revendiquées par les nouveaux possesseur de la « Crista ».
Ainsi même, après que Childebert ait retiré d’Espagne la Croix d’Or, Wamba, roi wisigoth d’Hispanie qui régna de 672 à 681, va persister à s’attribuer les aigrettes de feu, c’est-à-dire le symbole de Constantin. Lors de son sacre, il demande en effet à Julianus, évêque de Tolède, de légitimer l’onction sainte qu’il va recevoir de ses mains en lui attribuant l’effet des fameuses aigrettes : « […] bientôt, du sommet de sa tête, là où l’huile sainte avait été répandue, une sorte de vapeur, semblable à de la fumée, s’éleva comme une colonne du sommet de sa tête et, de sa tête même, une aigrette s’élança […] »
Les incursions de Childebert en Espagne lui font retrouver la Croix d’Or de Tolède. L’évêque de Paris, Germain, en devient le dépositaire. Vers 543, Childebert Ier, roi Mérovingien, fait plusieurs incursions en Espagne, et pénètre profondément en terre Wisigothe. Il remonte sur Paris en rapportant deux reliques, la Croix d’Or de Tolède et la tunique de St. Vincent. Germain, évêque de Paris, en devient le dépositaire, et décide Childebert vers 550 à financer la construction, sur les bases d’un ancien temple d’Isis, de la basilique de Saint-Vincent-et-Sainte-Croix, la future abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
Peu après, la reine Radegonde et le poète Fortunat déplacent la Croix d’Or à Poitiers, et la cachent, sans doute en prévision de quelque bouleversement sur Paris, dans le monastère de Sainte-Croix.
Les Mérovingiens prennent la succession de Constantin, et revendiquent l’héritage Arien de l’Empereur : la Croix / Tau de Tolède. « […] A l’époque Mérovingienne, ce symbole, connu sous le nom de crista, était affiché sur les pièces de monnaie, et il a survécu à l’abbaye de Saint-Denis , car Suger et Rigord le mentionnent prudemment comme un ornamentum au douzième siècle. Les rois Mérovingiens étaient désignés par le terme cristati / crinati par les Byzantins, peut-être en référence à la fois à leur chevelure à crête (crista) et à leur possession [du symbole] de la crista. Les Carolingiens et les premiers Capétiens sont représentés avec ce signe dans leurs images de majesté, mais au douzième siècle le besoin, apparemment principalement de la part de Suger, de christianiser l’antique symbole solaire (pourtant déjà christianisé depuis l’époque des premiers Chrétiens, voir pp. 55 et suivantes ) a très clairement provoqué son assimilation à la fleur de lys, plus résonnante sur le plan sémantique et analogue sur le plan de la forme, une évolution graphique [qui fut] accompagnée par des allégories textuelles ayant trait à la fleur. […] »
La Croix d’Or de Tolède est déplacée à Paris. On l’y conserve en l’abbaye de Saint-Denis, non loin de son lieu d’origine, le Champ du Lendit. « […] L’abbaye de Saint-Denis conservait et exposait, dans son église, un incomparable ornement appelé par les desservants : « Crista » . Au début du XIIème siècle, une « Crista » était placée sur l’autel principal de l’église abbatiale de Saint-Denis, la veille du jour anniversaire du roi Dagobert. Plus tard, Suger fit disposer cette « Crista » au-dessus de l’autel de la nouvelle basilique construite par ses soins. C’est dire l’importance qu’il accordait à ce symbole. A la fin du XIIème siècle, Rigord, moine de Saint-Denis, parle de la « Crista » ornée de gemmes, d’une valeur inappréciable, puis on perd sa trace. […] »
Le meurtre rituel de Saint Denis, la Croix d’Or de Tolède et le Champ du Lendit deviendront les fondements de la légitimité royale, l’apanage des héritiers de Constantin et de l’Arianisme. « […] Une floraison de récits hagiographiques vit le jour à compter du IXe siècle. Le plus célèbre fut sans doute celui que rédigea Hilduin, abbé de Saint-Denis . Le saint parisien (note : St. Denis) y est identifié à Denys l’Aréopagite converti par Saint Paul et mandaté par le pape Clément 1er pour venir prêcher à Paris. (Dans ce récit on rapporte qu’) Il fut jugé et décapité avec ses deux compagnons sur le Mons Martyrium (Montmartre). Mais Denis s’est relevé, a porté sa tête dans ses mains, a marché deux milles et s’est arrêté là où il souhaitait être inhumé, c’est-à-dire au lieu où s’élève désormais l’abbaye de Saint-Denis. Il s’agit, bien entendu, d’une fiction conçue pour accommoder l’histoire. L’auteur a cherché à faire d’un obscur évêque de Paris un théologien dont la renommée était aux dimensions du monde d’alors. Son but était également de faire oublier l’ancien vacuum païen du Lendit, en localisant le lieu du martyre à Montmartre. […]
Ce récit connut une grande postérité. Il contribua à assurer la réputation de l’abbaye en tant que seule dépositaire des signes qui fondent la légitimité du pouvoir royal. Dorénavant, après le sacre royal de Reims et avant de prendre possession de sa capitale, le nouveau roi devait se rendre et séjourner à l’abbaye de Saint-Denis. […] »
« […] Le Christianisme a le premier capturé la sacralité de cet endroit en attribuant au tumulus Montjoie, situé au centre du Lendit, le martyre et la tombe de Saint Denis ; plus tard, des idéologues, pour la plupart des moines de Saint-Denis, construisirent la réputation du site en tant que fondement de la légitimité royale. […] »
Devant les critiques persistantes sur l’origine païenne de la « Crista », les Théologiens de l’église Catholique Gallicane tentent d’assimiler la croix d’or à un oméga inversé. « On a bien vite identifié, afin de conserver le symbole religieux, le sommet de la croix avec un oméga inversé . […] Par la suite, les pièces frappées à Paris présenteront un empattement à l’endroit correspondant au point de liaison du jambage médian. Puis les graveurs isoleront l’oméga renversé, pour lui donner une réalité indépendante. Les premières pièces de monnaie mérovingiennes de ce type furent sans doute frappées par l’orfèvre Eloi (Eligius monetarius) entre 629 et 640-41, sous Clotaire II, Dagobert Ier et Clovis II. Il semble que c’est à lui qu’il faille attribuer l’idée d’assimiler les aigrettes à un oméga renversé. »
Si l’oméga préexista, par contre on plaça par la suite un alpha majuscule en dessous. Il y a là en apparence, quelque chose de contraire à la logique. Mais l’oméga minuscule n’est pas une référence Biblique ; il n’a d’utilité que par sa forme (lorsqu’il est retourné), qui se rapproche sensiblement de celle de cette croix.
L’oméga renversé fut enfin détaché, la croix évoluant vers la forme latine connue.

Une dernière opération consista à disposer l’oméga et l’alpha de façon symétrique, à droite et à gauche de la croix que l’on figura, dans la plus pure tradition constantinienne, par un PAX. (Α PAX ω) ou (Α PX ω), et non, comme l’aurait voulu la logique : (Α PAX Ω).
copyright: Isaac ben Jacob with excerpts from Anne Lombard-Jourdan "Fleur de Lis et Oriflamme" & "Montjoie et Saint Denis"